
Au pied de la ville de Carcassonne, la Cité de la création peint cette illumination… sur un mur de soutènement.
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Deux grandes familles de peintures minérales se détachent : le badigeon, bien connu, et le silicate de potassium, plus discret mais tout aussi remarquable.
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Le secret de la peinture au silicate ? Un liant minéral. Comme le badigeon, il offre un rendu mat, résiste sans faiblir aux UV, reste stable, non élastique et sans toxicité. À l’inverse, les peintures issues de l’huile affichent une certaine souplesse, mais leur côté toxique et leur vieillissement accéléré sous l’effet du soleil ne jouent pas en leur faveur.
Retour au 19e siècle. Louis Ier de Bavière rêve d’exporter le badigeon de chaux admiré en Italie sur les murs allemands. Mais sous le rude climat germanique, l’effet ne tient pas. Pour retrouver un aspect minéral aussi durable que possible, la recherche aboutit il y a 125 ans à une invention : les silicates de potassium. La société « Keim », précurseur en la matière, domine toujours aujourd’hui ce secteur.
Outre-Rhin, les peintures silicatées font partie des exigences pour protéger la santé des enfants. En France, on continue parfois d’utiliser du PVC pour les sols de crèches. Deux visions qui s’opposent.
Les peintures au silicate s’appliquent sur tous supports minéraux : pierre taillée, plâtre, béton banché. Leur champ d’action est large.
Le silicate de potassium ne se contente pas de recouvrir : il entre en réaction chimique avec son support. Cette liaison dépasse la résistance des résines classiques, qui, elles, finissent par se décoller.
Ce lien solide pose parfois problème, notamment lorsqu’on souhaite ôter une peinture silicate posée à la hâte sur des façades en pierre à Paris, au début du XXème siècle, au lieu de laisser la pierre respirer à nu.
À quoi servent ces peintures ? Les domaines d’application sont nombreux : supports minéraux qui doivent rester respirants, centres historiques, bâtiments axés sur la santé et l’écologie, ou encore travaux cherchant des nuances subtiles.
Nuances ou surfaces uniformes ? Rien n’empêche d’utiliser la peinture silicate comme une peinture organique classique, sans effets particuliers. Il suffit de commander la teinte voulue et d’appliquer au rouleau. Mais, comme toujours, la qualité du rendu dépend d’abord d’un bon diagnostic et d’une préparation soignée du support.
Certains artisans choisissent de s’approprier la technique, d’aller au-delà d’une simple application, pour composer et ajuster à leur main. « Prendre les contrôleurs » : comprendre, maîtriser, dépasser l’automatisme, voilà l’enjeu.

Sur cette surface, une patine ton sur ton a été travaillée à droite à la brosse, mélange de peinture blanche, fixateur transparent et un soupçon d’oxyde jaune. Un exemple qui montre la richesse des effets possibles.
Concrètement, il existe trois éléments de base : une base transparente (le liant au silicate), une base blanche ou pré-teintée, et les pigments. Avec ces ingrédients, on peut élaborer patines, couches d’ombre, voiles transparents (les fameuses « velature » des Italiens), créant profondeur et vibration que la peinture opaque ne permet pas.
La « Ville de Création » l’utilise sur ses fresques murales quand le client accepte le surcoût. Oui, c’est plus cher à l’achat, mais au final ce qui compte, c’est la durabilité : quand la couleur reste, l’investissement s’amortit largement sur la durée.
Une offre diversifiée : Pour s’adapter à la variété des supports et des chantiers, on trouve des peintures silicatées en plusieurs versions. Patines spéciales pierre, peintures, revêtements à poser sur plateau inox… L’expérience permet peu à peu de distinguer chaque produit selon la situation et le matériau.
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Premier chantier : la diversité des supports s’imposait. Rez-de-chaussée : plâtre à réparer avec un mortier chaux hydraulique et sable, avant la peinture silicate. Premier étage : pierres de taille trop irrégulières pour être laissées visibles, donc recouvertes d’un revêtement silicate. Deuxième étage : élévation préfabriquée en béton, nécessitant quelques reprises avant la finition silicate.

Une patine légère, appliquée au pulvérisateur, a permis d’éviter un rendu trop uniforme, bien que cela ne ressorte pas sur la photo. Sur de petites surfaces, l’usage de la brosse permet de faire vibrer la patine, créant des effets de corde et enrichissant la façade.
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Pour la pierre taillée, une patine silicate adaptée permet d’uniformiser sans masquer, respectant le grain et la texture d’origine.

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Deuxième chantier :
Cette façade en trompe-l’œil, sans aucun relief, a été peinte en 1988 à Carcassonne par « La Cité de la Création ». 25 ans ont passé, la peinture tient.

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Troisième chantier :
Application d’une peinture silicate mate sur un ancien enduit de ciment, sans effet d’ombre.
Résumé :
Les atouts des peintures minérales au silicate se vérifient sur le terrain :
- Insensibles à la pollution, elles résistent aux pluies acides.
- Elles favorisent l’évacuation de l’eau, plus rapide que son absorption.

- Elles gardent les murs secs.
- En comparaison avec une peinture siloxane, souvent vendue comme perméable et mate, la silicate transfère l’eau plus efficacement, même à basse température.
- Non toxiques, sans émissions de COV, sans solvant ni odeur, elles ne polluent pas, même en fin de vie.
- Intérieur sain : pas d’allergènes.
- Impact environnemental réduit sur le long terme, comparé aux peintures organiques.
- Garantie de tenue des couleurs sur 20 ans (marque Keim).
- Aspect mat naturel.
- Adhérence très forte sur supports minéraux.
- Possibilité pour l’artisan d’ajuster la proportion de liant transparent ou teinté, et de créer ses propres teintes pour des fresques murales ou effets personnalisés.
Quelques limites à signaler : la rigidité du film (pas d’élasticité), une réversibilité difficile (contrairement au badigeon), une distribution encore inégale en France. Si vous ne trouvez pas localement, il reste la commande directe à Lyon.
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Site de référence : www.keim.fr (1)
Si je cite Keim, c’est parce qu’ils ont inventé la technique et possèdent un savoir-faire unique pour les peintures 100 % minérales. Certains industriels proposent aussi des peintures minérales, avec une orientation plus « bio », mais la différence de clarté des informations techniques est flagrante. Pour ma part, l’original fiable vaut mieux que les copies incertaines.
(1),Mes articles sont rédigés sans partenariat commercial. Ils reflètent mon expérience, avec des avis parfois tranchés. Si un autre contexte vous a amené à des conclusions différentes, n’hésitez pas à me le signaler pour enrichir ce dossier de conseils.
La réglementation impose qu’une peinture silicate contienne moins de 5 % d’additifs organiques. Pour vérifier, la norme NFP 30.808 famille 1 classe 1, B1 doit figurer sur l’étiquette.
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Retrouvez ci-dessous quelques questions fréquemment posées et leurs réponses concrètes.
QUESTION :
- Est-ce possible d’imprégner un vieux plâtre très absorbant (datant de 1935) avec du silicate de potassium pour réguler son absorption avant une finition silicate ?
- Peut-on appliquer du plâtre (type Lutèce bleu ou plâtre « du commerce ») après une couche d’impression au silicate de potassium ?
- Comment gérer l’absorption du support, sa réparation et la finition minérale pour préserver la respiration du mur, particulièrement sur l’ancien bâti ?
RÉPONSE : On ne peut pas appliquer une peinture minérale sur un plâtre pur. Le seul système compatible est le « MPC » (mortier plâtre-chaux) préconisé par la DTU 26.1, ou un mélange : 1 volume de chaux aérienne, 2 volumes de sable fin, 3 volumes de plâtre grossier, 2,5 volumes d’eau. Sur ce type de support, il devient possible de réguler l’absorption avec un fixatif spécifique, puis d’enchaîner avec le système Contact Plus et la finition Granital de Keim (réponse de la marque).
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