La mousse expansive en aérosol reste l’un des produits les plus utilisés sur les chantiers de pose de menuiseries. Rapide, bon marché, facile à mettre en oeuvre, elle coche toutes les cases du gain de temps. L’Ufme (Union des fabricants de menuiseries) a pourtant publié un document technique rappelant sa non-conformité pour le calfeutrement des fenêtres. Entre exigences du DTU 36.5, renforcement des critères RE2020 et risques assurantiels, quelles sont les données concrètes qui justifient ce changement de pratique ?
Mousse expansive et DTU 36.5 : tableau comparatif des exigences
Le DTU 36.5, qui encadre la mise en oeuvre des fenêtres et portes extérieures, définit trois types de calfeutrement admis. La mousse polyuréthane en aérosol n’en fait pas partie. Le tableau ci-dessous synthétise les écarts entre ce que la mousse expansive fournit et ce que le DTU exige.
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| Critère | Exigence DTU 36.5 | Mousse expansive PU aérosol |
|---|---|---|
| Étanchéité à l’eau | Joint extérieur continu, classe AEV requise | Aucune garantie d’étanchéité durable à l’eau |
| Étanchéité à l’air | Joint intérieur continu (pare-vapeur côté chaud) | Perméabilité variable selon expansion et découpe |
| Isolation thermique | Isolant intermédiaire entre dormant et gros oeuvre | Performance initiale correcte, dégradation rapide |
| Durabilité | Matériaux pérennes adaptés au support | Sensible aux UV, au cisaillement et au vieillissement |
| Conformité normative | Conforme si mise en oeuvre selon DTU | Non conforme au DTU 36.5 |
La mousse PU peut sembler remplir la fonction d’isolant intermédiaire. En pratique, elle ne satisfait ni la barrière côté extérieur ni la barrière côté intérieur, deux niveaux que le DTU distingue clairement.

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Calfeutrement trois niveaux : le principe technique que la mousse ne respecte pas
Le DTU 36.5 repose sur un système de calfeutrement à trois niveaux : un joint extérieur (pare-pluie), un isolant intermédiaire (laine minérale, mousse à cellules fermées découpée sur mesure ou fond de joint), et un joint intérieur (pare-vapeur ou mastic d’étanchéité à l’air).
Chaque niveau remplit une fonction distincte. Le joint extérieur empêche l’eau de pluie de pénétrer dans l’espace entre dormant et maçonnerie. L’isolant intermédiaire limite le pont thermique au niveau du tableau. Le joint intérieur assure la continuité de l’étanchéité à l’air du bâtiment.
Quand un artisan applique de la mousse expansive en aérosol dans cet espace, il remplace trois fonctions par un seul produit. La mousse, une fois expansée et découpée à l’arasement, se retrouve exposée côté extérieur sans protection contre les intempéries. Côté intérieur, elle n’offre pas de barrière continue à la vapeur d’eau.
Dégradation accélérée en conditions réelles
La mousse PU en aérosol est sensible aux ultraviolets. Une découpe au cutter après expansion crée une surface ouverte, poreuse, qui absorbe l’humidité. En quelques années, cette surface se dégrade, se rétracte et perd sa capacité isolante. Les désordres qui en résultent (infiltrations, condensation dans le tableau, moisissures) apparaissent souvent après la période de parfait achèvement, ce qui les fait basculer dans le champ de la garantie décennale.
Conséquences assurantielles pour les poseurs de menuiseries
C’est sur le volet assuranciel que la position de l’Ufme prend un poids concret pour les artisans. Depuis la publication du document Ufme, plusieurs assureurs construction ont commencé à retenir l’utilisation de mousse expansive comme « non-respect des règles de l’art » lors de l’instruction de sinistres liés à des infiltrations au droit des menuiseries.
Le mécanisme est direct : si un expert constate que le calfeutrement a été réalisé exclusivement à la mousse PU aérosol, il peut conclure à un défaut de mise en oeuvre au regard du DTU 36.5. L’assureur peut alors limiter ou refuser la prise en charge du sinistre au titre de la décennale.
- Un sinistre d’infiltration classé en décennale peut représenter un coût de reprise lourde pour l’artisan non couvert
- Le poseur engage sa responsabilité personnelle si l’assureur se désengage sur la base d’une non-conformité au DTU
- Les contrôles techniques en rénovation intègrent de plus en plus la vérification du type de calfeutrement utilisé
Pour un menuisier ou un poseur, le risque n’est plus seulement technique. Il est financier et juridique.
RE2020 et rénovation : pourquoi l’exigence se durcit
Les exigences de la RE2020 renforcent indirectement l’abandon des mousses PU en aérosol. La réglementation impose des niveaux de perméabilité à l’air très bas pour les bâtiments neufs, ce qui exige une continuité parfaite de l’enveloppe au droit des menuiseries.
En rénovation, les cahiers des charges liés aux aides publiques (type MaPrimeRénov’) tendent à s’aligner sur ces critères. Un calfeutrement non conforme au DTU peut faire perdre le bénéfice de ces aides en cas de contrôle a posteriori.

Alternatives conformes disponibles sur le marché
Les fabricants de systèmes de calfeutrement proposent des kits trois niveaux prêts à poser. Leur coût est supérieur à celui d’une bombe de mousse PU, mais la différence reste modeste rapportée au prix total d’une pose de fenêtre. Les solutions courantes incluent :
- Bandes comprimées imprégnées (type compriband) pour le joint extérieur, avec classe d’étanchéité adaptée à l’exposition
- Laine minérale ou mousse à cellules fermées découpée pour l’isolation intermédiaire
- Mastic acrylique ou membrane d’étanchéité à l’air côté intérieur, assurant la continuité pare-vapeur
Ces produits existent en formats adaptés aux largeurs de dormant courantes. La mise en oeuvre demande un peu plus de temps qu’un coup de pistolet à mousse, mais elle répond aux trois fonctions du DTU.
Ce que les artisans doivent adapter sur chantier
Le changement ne porte pas sur un produit miracle à adopter, mais sur un processus de pose à structurer en trois étapes distinctes. Traiter le joint extérieur, isoler l’espace dormant-maçonnerie, puis fermer côté intérieur. La mousse expansive en aérosol peut encore servir à d’autres usages sur chantier (comblement de passages de gaines, isolation ponctuelle), mais pas pour le calfeutrement des menuiseries extérieures.
La position de l’Ufme n’a pas force de loi à elle seule. Elle traduit le DTU 36.5, qui lui a valeur contractuelle dès qu’il est référencé dans un marché de travaux. Et c’est ce DTU que les experts et les assureurs utilisent comme référentiel quand un sinistre survient. L’artisan qui continue à calfeutrer uniquement à la mousse PU s’expose à porter seul le coût d’une reprise que son assurance pourrait refuser de couvrir.

